“Nous y sommes ! Une minute à jouer, trois points à remonter et les Faucons de Paris iront jouer leur première Super Finale de Ligue Européenne de Robotball.
-Mais ils ont tout le terrain à remonter Philippe et un seul temps mort pour arrêter le chronomètre. Et face à la meilleure défense de la saison, toutes conférences confondues, je dois dire que ce ne sera pas facile.
-Vous avez raison Patrice. Les Abeilles de Berlin connaissent cette situation, ils savent comment fermer le jeu. Mais tant que la sirène n’a pas retenti, tout est possible, c’est ça la beauté du Robotball !”
Le score est de 26 pour les Abeilles à 23 pour les Faucons dont c’est la première année, en plus de vingt ans d’existence, qu’ils arrivent à ce niveau de la compétition, en finale de conférence Ouest.
“Mais c’est n’importe quoi ! lance Alexandre. Tu vas voir, ils vont nous jouer le coup de la remontée fantastique et du touchdown de dernière seconde tout ça pour avoir leur moment de gloire au journal télévisé.
-Moi ça me va franchement, répond Lucas.
-Parce ce que tu supportes les Parisiens maintenant ?
-Non, parce que j’ai mis un billet sur leur victoire et que ça pourrait bien me rendre riche !
-Quoi, tu as parié sur du Robotball ? Tu sais quand même que tout ça c’est truqué ?
-Oui oui, c’est truqué par le complot mondial des balles en métal de 20 kilos et il n’y a que les imbéciles pour aimer ce sport. Maintenant concentre-toi … oh, t’as vu cette passe folle ? Et tu vois, elle n’a pas été attrapée alors que ça aurait été une super action à montrer sur les réseaux si tout ça était truqué.
-Arrête de raconter n’importe quoi, ce sont des robots qui jouent ! Ces robots sont tous programmés par des humains ! Tout ce que tu vois est calculé à l’avance dans les bureaux de la ERL où ils ajustent le scénario du match à l’avance comme ça ils créent de belles actions, de belles histoires avec des équipes nulles qui deviennent championnes l’année d’après, des matchs serrés pour que les gens restent devant leur écran. Regarde, le stade est plein à craquer et tout le monde retient son souffle parce qu’il reste très peu de temps mais que la situation peut être retournée. Et je te le garantis, le retournement n’arrivera pas avant la toute dernière seconde pour créer un moment dont les gens se souviendront et dont ils auront envie d’acheter des t-shirts ou des tasses. Regarde l’histoire de ce sport, il y a eu un attentat à Madrid et paf, les Taureaux sont champions l’année suivante. Un grave incendie en Grèce et ce sont les Lions d’Athènes qui gagnent. Et là, des inondations monstres en Allemagne et les Abeilles de Berlin qui remportent le championnat 2 fois en 3 ans, et là en route vers leur deuxième finale de suite.
-Pas toujours, les Renards de Belgrade ou les Albatros de Dublin ont gagné sans qu’il ne se passe rien avant dans leur pays.
-Et bien tu vas voir, il y a eu de grosses grèves en France il y a 1 an et là on va faire repartir la consommation du pays.
-Et comment t’expliques les nouveaux robots tous les ans, et les robots aux capacités différentes les unes des autres. Regarde le numéro 85 des Faucons, il a fait une saison énorme à la course et là il roule sur le match alors que son remplaçant, le 74, est clairement moins bon.
-Mais c’est de la poudre aux yeux, on organise des transferts, on rajoute des robots nouveaux soi-disant meilleurs pour les équipes faibles et on en envoie certains à la retraite pour organiser le grand spectacle. Comme ça tout le monde y croit et ça rappelle l’époque où c’était encore les humains qui jouaient à ces sports.
-Peut-être que tu as raison mais n’empêche que ce “grand trucage” va me ramener un peu de caillasse supplémentaire parce que les Abeilles, que ce soit écrit ou non, n’arrivent pas vraiment à arrêter nos Faucons.”
Au même moment, Sergio Pantanero, le président de la Ligue Européenne de Robotball, suit le déroulée de la rencontre depuis le siège de Londres où ses nombreux amis sont venus pour célébrer l’évènement, tous accrochés à la remontée folle proposée par l’équipe Parisienne. Le fils d’un de ses bons amis s’approche discrètement et lui demande :
“Alors, qui va gagner ?
-Je ne sais pas, répond Sergio un sourire en coin.
-Sérieusement, qui va gagner ? On sait tous que c’est toi qui décide de tout ça. Tu me le dis, je place un pari rapidement et je me fais un peu d’argent, c’est tout.
-Sérieusement, je ne sais pas. Le truc qu’on raconte dans la presse, c’est la vérité. Ce sont des gens bien plus compétents que moi qui donnent des caractéristiques aux robots et ensuite, il y a un grand calcul de l’ordinateur, un truc aléatoire, qui est fait en début de saison et qui est mis à jour pendant les matchs, en direct. J’avoue que je ne comprends pas tout mais je n’ai aucun accès au résultat. Je me dois de garantir le sérieux de notre ligue si je ne veux pas faire fuir les investisseurs.
-D’accord mais je place mon pari sur qui ? Fais vite parce qu’on approche de la dernière action.
-Moi, j’ai parié les Faucons de Paris.”
***
“Il ne reste que deux mètres à parcourir et 12 secondes sur l’horloge. La tension est à son comble, que vont faire les Faucons ?
-Philippe, je crois que c’est évident. Le 85 de leur côté en est à plus de 4 mètres et demi de moyenne par course sur ce match. Même quand on savait qu’il allait courir et par où il allait courir, les Abeilles n’ont pas pu l’arrêter.
-Mais puisque c’est la tactique la plus évidente, est-ce que ce n’est pas la plus certaine Patrice ? Je veux dire, les Abeilles vont s’y attendre, comme nous, et vont se tenir prêt.
-Non Philippe, pas quand on a un joueur de ce niveau là. Il faut courir et les Faucons auront réussi un incroyable retour.
-Nous allons vite être fixés, les joueurs sont en place. Et c’est parti, la balle dans les mains du 17 qui transmet au 85 … oh non, c’est une feinte, ce sera une passe ! C’est lancé vers le 45 … et c’est intercepté ! Incroyable ! Le 27 Allemand est sorti de nul part et oui, c’est bien lui qui à le ballon ! Il reste 4 secondes au chronomètre mais c’est fini, les Faucons ont perdu le ballon, ils sont éliminés sur ce choix stratégique dont on reparlera !
-Oui Philippe, on en reparlera et pour longtemps. Et à celles et ceux qui disent que tout ceci est truqué, qui aurait pu prédire une action de la sorte ! La course était évidente ! Mais les Faucons n’ont pas couru !
-Comme vous le dites Patrice et ce sont donc les Abeilles de Berlin qui iront en Super Finale défier les Lièvres de Kiev pour le titre cette année. Un dénouement plein de surprises qui clôt un match dont on se souviendra longtemps.”


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